
Vendredi 16 octobre à 19h à gare de l’Est, l’ExisTransInter réunira les personnes intersexes, les personnes trans, et leurs allié·es.

Vendredi 16 octobre à 19h à gare de l’Est, l’ExisTransInter réunira les personnes intersexes, les personnes trans, et leurs allié·es. Notre histoire commune est faite d’entraide et de transmission, de lutte et de résistance, de victoires arrachées. En 2016, nous réclamions déjà le changement d’état civil libre et gratuit, le libre choix des parcours médicaux, l’arrêt des mutilations des enfants intersexes, la reconnaissance de droit pour les personnes migrantes et les travailleur·euses du sexe (TDS). Dix ans plus tard, et en l’absence affligeante d’avancées majeures sur ces sujets, notre détermination reste intacte et sans concession. Nous ne voulons plus d’une société où l’accès au droit, au soin, au logement, dépendent de notre conformité aux normes cis et dyadiques – pas plus que de notre classe sociale, de notre pratique du TDS, de nos origines, de notre validité ou de nos titres de séjour.
Face à la montée des offensives réactionnaires et des politiques d’austérité, nos exigences s’étendent à tous les pans de nos existences : la fin des violences et mutilations subies dès l’enfance par les personnes inter, le droit au changement d’état civil libre et déjudiciarisé, l’accès universel et non psychiatrisé aux soins de transition et de santé reproductive, ainsi que la défense résolue des droits des personnes migrantes, des travailleur·euses du sexe et des usager·es de drogues. Nous nous dressons contre le validisme, la répression policière et la sérophobie, tout en réclamant la reconnaissance légale de nos familles et un soutien financier pérenne aux structures d’autosupport communautaire. Face aux attaques réactionnaires ciblant la jeunesse, nous saluons et soutenons pleinement les mobilisations lycéennes actuelles qui se dressent dans leurs établissements pour défendre leurs libertés, leur sécurité et leur droit à l’autodétermination.
Dans un contexte politique particulièrement menaçant, nous refusons plus que jamais la réduction de nos vies à des controverses médiatiques, à des paniques morales, à des cases administratives. Nous refusons d’être les boucs émissaires de cel·leux qui alimentent la peur et la haine des minorités. Nos luttes sont antifascistes, anti-impérialistes, anti-coloniales. Elles sont, en cela, indissociables de celles des peuples palestinien, congolais, soudanais et iranien.
Enfant·es ou adultes, nos corps nous appartiennent
Nos luttes sont indissociables des luttes féministes et enfantistes. En ce sens, nous défendons l’autonomie corporelle de tous·tes les enfant·es, dont les droits fondamentaux ne commencent pas à la majorité. De la naissance à l’adolescence, les jeunes sont des personnes, et doivent être écouté·es avant tout.
Tout en prétendant protéger les enfants, les mouvements réactionnaires internationaux continuent les mutilations des enfant·es intersexes, dont le corps doit être “normalisé”. L’extrême-droite et ses lobbies alimentent ainsi un continuum de violences (familiales, sociales, physiques, sexuelles) qui doit absolument cesser. Ils privent les enfant·es trans de soin, violentent les enfants racisé·es, invisibilisent cel·leux qui, en ce moment même, meurent sous des génocides.

Peu importent les rapports, les promesses et les demi-mesures partisanes : les mutilations des enfants inters doivent cesser, et leurs droits doivent être protégés avant 2027. Nous soutenons, en cela, les propositions de loi n° 1914 et n° 2286. Un rassemblement pour le droit des personnes inters aura lieu le 7 novembre à 15h, place Stravinsky.
La Haute Autorité de Santé (HAS) a entamé, en 2026, l’élaboration de recommandations spécifiques sur l’accompagnement des mineur·es trans, dont la publication est prévue pour 2027. Nous condamnons fermement l’exclusion des associations d’auto-support, aux côtés des mineur·es trans et inters depuis des années, de ce processus. Nos savoirs expérientiels doivent être au centre de ces travaux, et le lobbying réactionnaire n’a rien à faire dans un travail scientifique.
Les personnes transinters existent !
Les personnes intersexes représentent environ 13 000 naissances par an. Leurs corps sont en dehors de la binarité des sexes, mais on les assigne malgré tout à un sexe et à un genre à la naissance. Un récent rapport européen montre que 63% des personnes inters se déclarent sur le spectre trans/non-binaire, donc en dehors du genre qui leur a été assigné à la naissance. La panique morale exercée par les réactionnaires à l’encontre des mouvements trans, qui “mutileraient des enfant·es” est hypocrite : ce sont el·leux qui mutilent les enfant·es inters. Les enfant·es transinters subissent ainsi une double transition forcée, dans leur chair et dans leur genre. Le rapport indique aussi que 44% des personnes inters estiment avoir subi une thérapie de conversion en France. Ainsi, pour nombre d’entre nous, le parcours de transition, choisi à l’âge adulte, représente une forme de réparation de nos corps.
Le sexe, tout autant que le genre, est une construction sociale qui, factuellement, n’a rien de binaire. Un des piliers de la transphobie est la haine envers les personnes sortant de la binarité des sexes, d’où l’animosité féroce des réactionnaires, à international, envers la non-binarité. Nous revendiquons une autonomie, décorrélée du genre, de chacun·e sur son propre corps. Le genre ne doit pas conditionner l’accès à une transition médicale. Transition de sexe et transition de genre peuvent aller de pair, ou non. Tout comme on peut être trans sans modifier son corps, on peut être cis et modifier son corps, être trans et modifier son corps. Dans ces trois cas, le besoin de soin doit être pris en compte, et ce, hors des carcans binaires. Cette décorrélation doit être approfondie, afin que les genres ne soient plus assignés à des corps, notamment à ceux des nouveau-nés intersexes.
Notre identité n’a pas à être jugée
Le changement de mention de sexe à l’état civil est démédicalisé depuis 2016, mais toujours pas déjudiciarisé. Cette procédure demeure empreinte de contrôle et de discrimination. Depuis 2026, il nous faut payer 50 euros, en plus de la saisie d’un tribunal et de la présentation d’une “réunion suffisante de faits” permettant à la·e juge d’apprécier notre identité.
Nous exigeons la suppression de l’obligation de mention de sexe à l’état civil, servant de prétexte à la mutilation précoce des enfants inters, dont les corps doivent refléter la binarité administrative. Nous revendiquons une reconnaissance légale des personnes non-binaire et, plus généralement, un changement d’état civil libre, gratuit et déjudiciarisé, accessible aux enfants comme aux adultes et adapté aux personnes étrangères.

Nous condamnons fermement la loi Rodwell qui, depuis juillet 2026, impose aux personnes de plus de 13 ans de fournir leur bulletin n° 3 de casier judiciaire, ainsi qu’un document relatif à leur éventuelle inscription dans certains fichiers judiciaires, s’iels souhaitent changer de prénom. Cette loi prévoit aussi des dispositions spécifiques pour les actes de naissance étrangers. Nous refusons cette suspicion généralisée. Changer de prénom n’est ni criminel, ni menaçant pour l’ordre public. Nous refusons que nos identités servent de prétexte à des dynamiques de fichage et de contrôle des personnes.
Nous exigeons également que le principe de rectification et de minimisation des données prévu par le RGPD soit réellement appliqué aux personnes trans et inters : nos anciens prénoms, civilités, parcours médicaux, ne sont pas des archives publiques.
En 2026, le Comité International Olympique a décidé d’imposer un dépistage génétique du gène SRY aux athlètes de catégorie “féminine”. Les femmes trans, les personnes inters, mais aussi certaines femmes cis, se retrouvent suspectées et soumises à l’exposition médiatique, alors même que la transphobie et les violences subies restent invisibilisées.
Nous refusons cette police génétique, hormonale et médicale : mesurer, tester, classer pour identifier les “vraies femmes” relève d’une logique profondément réactionnaire et très dangereuse. Le sport doit être accessible à tous·tes, sans flicage ni humiliation des corps “hors normes”.
Des soins accessibles, partout, pour tous·tes
L’autodétermination ne signifie rien si elle n’est pas accessible à tous·tes. L’égalité sur le papier ne vaut rien quand l’accès réel aux soins reste profondément inégal. Assez de la psychiatrisation, des années d’attente, et des centaines de kilomètres à parcourir ! Nous voulons pouvoir accéder aux hormones, aux chirurgies, aux santés reproductive et mentale sans être humilié·es, infantilisé·es, soupçonné·es de ne pas savoir ce qui est bon pour nous. De plus, les possibilités opératoires du secteur public diminuent au profit de prises en charge privées, qui peuvent coûter plusieurs milliers d’euros. Nous refusons cette médecine à deux vitesses, où les un·es payent et les autres attendent des années.
Depuis septembre, la durée des arrêts maladie est plafonnée : à 31 jours pour un premier arrêt, à 62 pour une prolongation. Dans le même temps, le plafond annuel des franchises médicales et participations forfaitaires augmente, transformant la maladie en coût à réduire. Les personnes trans et inters, déjà confrontées à des parcours médicaux longs, à des violences, au VIH, aux maladies chroniques et à des situations de handicap, compteront parmi les plus exposé·es à ces restrictions. De manière générale, nous refusons que l’austérité sanitaire repose sur le dos de cel·leux qui ont le plus besoin du système de santé !
Nous dénonçons l’écrasant validisme de l’accès aux soins, de l’administratif et de nos propres espaces communautaires. Les personnes trans et inters handies, folles, neurodivergentes, subissent des discriminations en chaîne. L’accessibilité doit être physique, sensorielle, cognitive, psychique, financière et communicationnelle. Elle est un droit, pas une option facultative lorsque quelqu’un·e veut bien s’en souvenir.
Ces discriminations gangrènent aussi nos parcours de transition : elles servent à nous disqualifier, à remettre en cause nos identités, ou à nous refuser des soins. Les personnes handies et folles ont droit à l’autodétermination et au respect de leur intégrité corporelle. Il n’y aura pas de libération trans et inter sans lutte contre le validisme, la grossophobie et la psychophobie.
De même, nous condamnons la transphobie institutionnelle, qui ne reconnaît pas le harcèlement et les VSS subies par les personnes trans et inters. À ce jour, les personnes trans victimes de violences conjugales se voient refuser l’accès à l’aide universelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales, normalement accessible à tous·tes sans condition de ressources, depuis 2023. Bon nombre de nos adelphes, et notamment de femmes trans, se retrouvent ainsi sans possibilité de quitter domicile conjugal, refusées par le 115 et le SIAO (Service Intégré d’Accueil et d’Orientation). Nous exigeons l’application réelle de cette loi, et un renforcement de son accessibilité aux personnes trans.
Nos corps reproductifs, nos familles
La santé des personnes inters et trans ne se limite pas aux hormones et aux chirurgies. Parce que nos corps sortent des normes cis et dyadiques, nos droits reproductifs sont pourtant traités comme des notes de bas de page.
Nous nous opposons au système actuel, qui fonde la filiation sur le sexe à l’état civil, plutôt que sur nos capacités reproductives réelles. Nous sommes ainsi forcé·es à choisir : un projet parental serein, ou la sécurité de notre identité légale. Imposer aux personnes transmascs d’adopter l’enfant dont elles ont accouché est une aberration. Nous exigeons un droit de filiation capable de reconnaître toutes nos familles.
La prochaine révision de la loi bioéthique doit mettre fin au biais patriarcal qui autorise le don de sperme et bloque le don d’ovocytes. Elle doit aussi garantir un accès réel et effectif à la PMA et à la préservation de la fertilité pour tous·tes. Nous dénoncons également le fait qu’un homme (cis ou trans) soit reconnu “père” sur simple déclaration en mairie, quand les couples de femmes (cis ou trans) doivent recourir à une reconnaissance anticipée et payante chez un·e notaire. Nous refusons que cette charge financière et mentale repose sur nos épaules, plutôt que sur une loi réellement inclusive. L’IVG doit également être accessible et garantie à tous·tes (personnes trans, inters et non-binaires), indépendamment du genre à l’état civil et des représentations normatives des institutions.
Des parcours de soin adaptés aux besoins réels
Faute d’un marché adapté à nos besoins, l’automédication est centrale dans beaucoup de nos parcours. Ce n’est pas un choix de confort, mais de survie, face à un système qui nous fait attendre, nous stigmatise, nous refuse les accès.
La HAS recommande, depuis 2025, d’accompagner l’automédication pour en réduire les risques : informations sur le matériel, les gestes, suivi biologique, etc. Nous exigeons des structures de soin un accueil sans jugement des pratiques DIY, une formation des professionnel·les à leur accompagnement plutôt qu’à leur condamnation et une prise en charge conjointe de la santé mentale et des parcours trans.
Cet accompagnement existe déjà, porté, sans grands moyens, par nos structures de pair-aidance, pourtant méprisées des institutions.. Nous exigeons, en ce sens, un financement pérenne des structures communautaires trans, mais aussi la reconnaissance de l’expertise des pair·es. Nous réclamons, enfin, une place de partenaires dans l’organisation territoriale de la santé, dont nous ne sommes pas les roues de secours. Une grande partie de ce que l’État ne fait pas est aujourd’hui assuré par nos structures communautaires : permanences juridiques, accompagnement à la transition, prévention, dépistages, distributions de matériel, mises à l’abri, accès aux droits, soutien face aux violences. La CNCDH elle-même recommande, en 2026, une réforme structurelle du financement des associations, avec plus de financements pluriannuels et moins de dépendance aux appels à projet.
Pour continuer à aider les plus précaires, il nous faut des moyens pérennes, des emplois correctement rémunérés et des conditions de travail dignes.
TDS : non à la pénalisation des clients en 2016, non en 2026 !
En 2016, le gouvernement abolitionniste mettait en place la loi de pénalisation des clients. Résultat, 63% des TDS ont vu leurs conditions de travail se dégrader (chute des revenus, inversion du rapport de force avec les clients, qui d’ailleurs se raréfient). 43% d’entre el·leux rapportent une augmentation des violences (vols, agressions, viols), la pénalisation attirant moins de clients “safe” et plus d’agresseurs. Enfin, 70% estiment que leurs relations avec les forces de l’ordre sont restées difficiles, voire ont empiré. En 10 ans, 42 travailleur·euses du sexe ont été tué·es en France.
Face à cette situation, l’État, les partis politiques, les syndicats majoritaires, et tout un pan du mouvement féministe demeurent incapables de tirer les bonnes conculsions. Pire, une nouvelle loi de pénalisation, visant les clients du TDS en ligne, est à l’étude, via la loi Intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Si les intentions derrière cette loi sont louables, nous ne pouvons que condamner ses articles 1 et 25, qui auraient pour seul effet de précariser, vulnérabiliser et marginaliser davantage les TDS. À ce jour, ces deux articles ont été amendés avec succès, grâce aux mobilisations des TDS et au soutien de quelques élu·es. Ils doivent être rééxaminés par le Sénat fin octobre.
Nous le crions haut et fort : le TDS est un travail, qui doit être juridiquement reconnu. La répression de la solidarité entre TDS doit cesser au plus vite. Depuis des années, des TDS s’organisent au sein de collectifs, d’associations, de syndicats. Iels y proposent de la pair-aide, de l’autodéfense communautaire et une expertise juridique nécessaire. Ces mobilisations ont mené, en 2026, au dépôt d’une proposition de loi, co-construite par des TDS, des associations de droits humain, des politiques et des universitaires, au Sénat. Il est grand temps que les pouvoirs publics entendent les revendications des communautés TDS.
Des papiers, pas des OQTF !
Les personnes trans étrangères sont à l’intersection de plusieurs systèmes de précarisation et de répression : racisme, transphobie, précarité, violences administratives, difficultés d’accès aux soins. Les données issues de l’accompagnement communautaire montrent une forte hausse des refus de titres de séjour pour raisons médicales, systématiquement assortis d’OQTF. Dans le rapport de l’Observatoires des violences et discriminations transphobes d’Acceptess-T, 6 cas étaient recensés en 2023, 13 en 2024, 24 en 2025 et 23 pour les cinq premiers mois de 2026. La majorité des personnes concernées vivaient avec le VIH. Dans le même temps, le coût de dépôt d’une première demande de titre de séjour est passé de 225 à 350 euros, et à 250 euros pour les renouvellements, dont les délais d’attente ne cessent d’augmenter.
Nous refusons que les personnes migrantes, déjà précarisées, servent de variable d’ajustement au budget de l’Etat. Nous demandons la protection du droit au séjour pour raisons médicales, l’accès effectif aux traitements, et la prise en compte des soins de transition lorsque les arrêter ferait courir un risque à la personne concernée. Personne ne devrait avoir à choisir entre sa santé, sa sécurité et le risque d’être expulsé·e.
La répression des personnes migrantes s’organise à l’échelle européenne. Nous dénonçons le règlement européen dit “Retour”, visant à accélérer les expulsions par un ordre européen : la reconnaissance des décisions entre États membres, le renforcement des obligations imposées aux personnes concernées, et la création de “plateformes de retour”, véritables camps de concentration modernes !
Pour les personnes trans et inters migrantes, l’expulsion peut signifier l’interruption des soins, la perte d’un suivi médical, et le renvoi vers un pays où leur existence les expose directement aux violences. Les emprisonnements, les expulsions et la précarisation sont des politiques de mort.
Le VIH n’a pas disparu
Les personnes trans restent particulièrement vulnérables au VIH : les femmes trans ont 66 fois plus de chances d’être infectées que la population générale, et les hommes trans 11 fois plus. La défense des politiques de prévention, de prise en charge du VIH et des IST, et d’accompagnement des personnes séropositives est historique au sein des mouvements trans.
En 2026, la France a baissé de 58% ses financements consacrés au VIH, à la tuberculose et au paludisme dans le monde. Ce genre de coupes budgétaires promet des conséquences dramatiques pour la prévention et l’accès aux traitements. L’ensemble des coupes (françaises, étatsuniennes, etc) pourrait provoquer jusqu’à 22,6 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Ces coupes fragilisent l’ensemble de l’écosystème mondial de lutte contre l’épidémie, privant des centaines d’associations et de centres de recherches de moyens essentiels.
Par ailleurs, elles interviennent dans un contexte de hausse de la sérophobie. Les personnes vivant avec le VIH sont toujours exclues, isolées, discriminées dans l’accès aux soins, au travail, au logement, aux relations affectives et sexuelles.
Les personnes vivant avec le VIH ont droit, comme tout le monde, au respect de leur intimité, au soin, à une information juste et à une vie entière, en bonne santé physique et mentale.

Police partout, justice nulle part !
Les politiques autoritaires ne s’arrêtent pas à nos soins ou nos papiers. Nous sommes directement concernées par la proposition de loi visant à donner un permis de tuer aux forces de l’ordre. Depuis des décennies, les personnes trans racisées, TDS, sans-papiers et sans-abris sont victimes de violences policières. Ce permis de tuer menace nos vies, et entérine le mépris de l’État envers nos corps et nos communautés.
Nous exigeons la fin des contrôles au faciès, la fin des contrôles de papiers, la fin des rafles de TDS, la fin de la chasse aux sans-abris, la fin des expulsions.
À l’inverse, nous exigeons des investissements massifs, non pas dans la justice carcérale, mais dans l’accompagnement des victimes : prise au sérieux des plaintes, respect de l’identité de genre, la dignité et l’intégrité physique des personnes, interprétariat, accompagnements social, juridique et en santé mentale, indemnisations rapides, hébergements d’urgence, délivrance de titres de séjour pour la durée des procédures, accès aux soins, au changement d’état civil et à des conditions de détentions dignes pour les personnes trans incarcérées, etc.
Nos luttes trans et inters sont intrinsèquement antiracistes, anticarcérales et antifascistes.
Internationalistes, anticolonialistes et solidaires
Alors que nous marcherons dans les rues de Paris au soir du 16 octobre, nous n’oublierons pas le 17 octobre 1961. Il y a 65 ans, des milliers d’Algérien·nes manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu qui leur était imposé. La répression menée sous l’autorité de Maurice Papon fut sanglante : près de 12 000 personnes arrêtées et plusieurs dizaines tuées, parfois jetées dans la Seine. Ces crimes ont trop longtemps été tus, occultés. En 2024, l’Assemblée Nationale a condamné cette répression et inscrit le 17 octobre dans les journées nationales de commémoration. Nous tenons donc à rendre hommage aux victimes et à leurs familles, et à rappeler que nos luttes sont indissociables.
Nous réaffirmons également notre solidarité avec le peuple palestinien et avec les personnes LGBTQIA+ palestiniennes. En 2025, une commission d’enquête internationale indépendante, mandatée par l’ONU, a conclu que l’appareil colonial israélien commettait un génocide à Gaza. Les personnes queer palestiniennes ne sont pas une donnée abstraite à instrumentaliser : elles subissent, elles-aussi, les bombardements, les déplacements, la faim, la destruction des structures et la perte de leurs proches. Les droits LGBTQIA+ ne justifieront jamais la guerre, le racisme, ou l’impérialisme colonial.
Notre solidarité va également aux populations confrontées aux guerres et aux génocides au Soudan, en République démocratique du Congo, en Iran, en Turquie, et particulièrement aux personnes les plus marginalisées. Nous pensons aux personnes queer passées par Gorom, au Sud Soudan, dont les initiatives de solidarité doivent pouvoir être amplifiées.
Cela dit, être anti-impérialiste ne revient pas à choisir un État, un gouvernement, ou un appareil autoritaire auquel tout serait pardonné. Nous refusons le campisme. Nous refusons le pinkwashing qui instrumentalise nos droits pour légitimer le racisme, le colonialisme, et la guerre. Mais nous refusons tout autant que, au nom de l’anti-impérialisme, on abandonne nos adelphes opprimé·es ou qu’on ignore sur les LGBTphobies. Les personnes queer étatsuniennes ou iraniennes ne sont pas reponsables des actions de leurs gouvernements. Nous condamnons ce régime différentiel de la valeur des vies, qui fait qu’on devient sacrifiable parce qu’on vit du “mauvais côté” d’une frontière ou d’un conflit. Notre solidarité va aux peuples opprimés, jamais aux États qui prétendent parler en leur nom.
Nous ne sommes pas “assimilé·es” parce que certain·es survivent mieux !

Nous refusons, enfin, cette logique opposant une partie “respectable”, “assimilée” des personnes trans, aux personnes plus marginalisées. Oui, les situations matérielles sont évidemment différentes. Une personne racisée, migrante, TDS, sans papiers, pauvre ou handicapée, est exposée à des formes cumulées de violence. Le nier serait absurde et dangereux. Reconnaître ces rapports de domination est nécessaire, pour concentrer les moyens et la solidarité vers cel·leux qui en ont le plus besoin. Mais avoir un emploi, des papiers ou un logement ne fait pas disparaître la transphobie. On n’est pas immunisé·e contre l’oppression, parce qu’on a réussi à arracher un peu de stabilité à une société cisnormative. Les attaques transphobes observées à l’étranger montrent que la transphobie institutionnelle peut atteindre des personnes aux situations sociales et politiques extrêmement diverses. Nous gardons en mémoire Sam Nordquist, jeune homme trans noir torturé et tué aux États-Unis em 2025.
Nous refusons d’alimenter une compétition de la souffrance. La convergence des luttes doit nous permettre de comprendre pourquoi certain·es subissent davantage de violences afin de mieux les soutenir, pas de dresser des tribunaux militants pour mériter notre solidarité.
Trentième ExisTransInter
Bientôt 30 ans après notre première marche, beaucoup de nos revendications restent douloureusement actuelles. Nous demandons toujours l’autodétermination, le respect de nos corps, des soins accessibles, des papiers, des logements, des ressources. Nous demandons toujours le droit de travailler, d’aimer, de fonder une famille, et de vieillir dignement.
Nous demandons que les enfant·es trans et inters soient traité·es comme des personnes disposant de droits,que les personnes migrantes et TDS soient écouté·es plutôt que réprimé·es, que la santé communautaire soit financée plutôt qu’exploitée jusqu’à l’épuisement.
Et surtout, nous refusons de reculer ! Nous refusons que nos vies soient sacrifiées aux politiques d’austérité, au racisme, et aux stratégies électorales. Nous refusons que l’extrême-droite et les fascistes nous utilisent comme rats de laboratoire pour leurs politiques autoritaires. Nous refusons d’être discret·es, raisonnables ou reconnaissant·es, alors qu’on attaque nos droits. Et nous savons, surtout, que notre liberté ne se fondera pas sur l’oppression d’autrui. Que nos vies ne se construiront pas sur les frontières, le colonialisme ou la guerre. Que nos droits ne seront jamais garantis si nous laissons les fascistes choisir qui mérite d’en bénéficier.
Nos corps et nos identités nous appartiennent. Nos vies ne se négocient pas. Face à l’extrême-droite, à la haine et à toutes les politiques qui nous attaquent : faisons front ! Le fascisme ne nous demandera ni notre courant politique, ni notre degré de radicalité avant de s’attaquer à nos droits, à notre sécurité et à notre intégrité.
Notre réponse doit être la solidarité, pas la fragmentation !
Vendredi 16 octobre, soyons des milliers, prenons la rue !
L’inter orga du collectif ExisTransInter
